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« Les plantations Michelin au Viêt-Nam », ou l’histoire coloniale de Bibendum en Indochine

Ce livre révèle un pan méconnu de l'expansion économique du géant clermontois du pneumatique. Si les historiens anglo-saxons ont beaucoup écrit sur les grandes sociétés qui ont fait fortune en Indochine, peu d'ouvrages français ont relaté les conditions de travail dans les plantations.

  • Par Brigitte Cante
  • Publié le 09/04/2013 | 10:24, mis à jour le 09/04/2013 | 18:44
Cette carte postale des années 1920-1930 est le symbole de la domination française en Indochine. Dans les plantations d'hévéa de Michelin, 6000 coolies vont défricher des milliers d'hectares de forêts, afin de récolter cette matière première stratégique.
Cette carte postale des années 1920-1930 est le symbole de la domination française en Indochine. Dans les plantations d'hévéa de Michelin, 6000 coolies vont défricher des milliers d'hectares de forêts, afin de récolter cette matière première stratégique.
Ce livre, publié aux éditions La Galipote, est le fruit de deux années de recherches menées par un spécialiste clermontois d'histoire sociale, Eric Panthou.

Edouard et André Michelin ont décidé d'investir en Indochine en 1924 et voulaient produire le caoutchouc nécessaire à ses usines en Europe. 6000 coolies vont travailler sur 15 000 hectares exploités par Michelin. La vie dans ces plantations, les difficiles conditions de travail, le soulèvement des coolies, puis leur révolte : Cette histoire a été racontée par Tran Tu Binh, un ouvrier agricole venu en bateau du Tonkin jusqu'au sud de l'Indochine française. Son témoignage a été retrouvé dans les archives de l'Université Populaire et Citoyenne du Puy-de-Dôme. Il est traduit pour la première fois en français .Pour Eric Panthou, il s'agit du récit le plus célèbre sur la condition sociale dans les plantations. On y apprend comment Tran Tu Bihn deviendra militant communiste, organisera une grève et sera condamné à 5 ans de bagne.

Dans son livre "Les Plantations Michelin au Viêt-nam",  Eric Panthou s'attache également à expliquer et décortiquer l’organisation imposée par le manufacturier clermontois : " La direction a voulu transposer en Indochine ses méthodes de travail et le paternalisme de l'entreprise, une organisation scientifique inspirée de Taylor et une hausse des rendements, sans tenir compte du milieu et des hommes. En dépit de dépenses importantes réalisées dans le domaine sanitaire et la construction d'un hôpital pour lutter contre le paludisme, les plantations Michelin seront confrontées à la critique des autorités et d'inspecteurs. "

Le lecteur croisera également dans ces pages la figure d'Alexandre Varenne, le fondateur du journal La Montagne. Il était gouverneur de l'Indochine quand Michelin agrandissait ses plantations.

Michelin est resté en Indochine jusqu'à la chute de Saigon et le départ des Américains en 1975. Les plantations sont désormais la propriété de l'Etat vietnamien.

Michelin et l'Indochine
Reportage Brigitte Cante Laurent Pastural. Interlocuteurs : Eric Panthou auteur du livre "Les plantations Michelin au Viêt-nam" et Carola Kaufmann, traductrice du témoignage de Tran Tu Binh.

 

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